samedi 4 avril 2009

100 décibels


Ronronnement sourd, régulier, monotone qui s'étouffe en un chuintement. Bourdonnement qui s'intensifie, s'amplifie en un long rugissement, s'apaise peu à peu. Et soudain reprend de plus belle. Ça vrombit, hoquette, s'emballe, se déchaîne et meurt en un soupir. Répit. Interminable mugissement, qui enfle, gronde, tonne. Puis ça grince, ça crisse, ça vrille, ça fuse. Sifflement aigu. Stridulation assourdissante. Brusquement, ça se propulse en un souffle formidable qui emporte tout sur son passage. Silence. Le calme après la tempête.
Ronronnement sourd, régulier, monotone… Et en avant la musique!

Photo YLD

samedi 21 mars 2009

Mind the gap!


Ils se précipitent dans le métro au moment où les portes se ferment. Cinq garçons, cinq du 9.3. Un costaud blond portant une veste en cuir noire et rouge tient un doberman par son collier.
–Assis, Rocky, calme, calme.
Ne supportant pas d'être tenu si court, l'animal montre les crocs, grogne, puis, dans une dernière tentative pour se libérer de l'emprise de son maître, aboie furieusement.
A young English girl sitting on a folding seat stands up.
L'un des garçons, casquette NY vissée sur la tête et baskets Airness aux pieds, essaie de la retenir.
Le chien, qui a perçu la panique de la fille, aboie de plus belle.
Scared, she rushes forward to the middle of the carriage.
Le grand blond a réussi à apaiser sa bête, qu'il gratifie de temps en temps d'une caresse.
Le garçon à la casquette rejoint la jeune Anglaise.
–C'est bon. Il est pas méchant Rocky.
On le dirait presque désolé.
–Sorry, I don't understand.
–Tu peux r'venir, insiste-t-il en lui montrant le strapontin.
It's OK, it's OK, she answers, anxious, looking at the folding seat… and at the dog.
Il retourne près de ses copains et ne quittera pas l'Anglaise des yeux jusqu'à ce qu'ils descendent, à République.
Le métro repart, les laissant sur le quai.
Comforted, the English girl stares at the boys on the platform. Conforted, and a bit disappointed.
Photo YLD


samedi 7 mars 2009

In the sun



A 19h30 chez Harry's. Elle devait y retrouver Ed. En fin de matinée, une petite brume s'était levée, qui tempérait la chaleur de la mi-août et incitait à la somnolence, à la flânerie. L'après-midi s'écoulerait nonchalamment jusqu'à l'heure du rendez-vous. Elle mettrait sa robe grise, une tenue un peu stricte pour la saison, trop sage pour l'occasion. Une tonalité avec laquelle elle aimait jouer: gris perle, anthracite, argenté, qu'enflamme le vermillon d'une écharpe ou que réveille l'émeraude d'une broche. Ed lui dirait –il ne manquait jamais de le lui dire: «Il n'y a que toi qui porte le gris comme ça.» Elle aurait été déçue qu'une seule fois il s'en abstienne ou que, par un excès de zèle, il la complimente sur ses boucles d'oreilles ou son rouge à lèvres. Elle appréciait ce rituel, exigeait que son amant suive scrupuleusement sa carte de Tendre.
Chaque dimanche, Ed lui faisait livrer trois tulipes perroquets, subtil équilibre entre simplicité et sophistication, variation florale de la femme qu'elle était. Un jour, sans doute emporté par un de ces emballements que fait naître la passion, il lui avait fait parvenir trois lys blancs. Leur parfum suave et capiteux lui… soulevait le cœur. Elle en avait été bouleversée. Une indélicatesse qu'elle avait préféré ignorer, passer sous silence, obstinément. Ed ne s'y était pas trompé. Le dimanche suivant, elle recevait trois tulipes perroquets.
Ed l'aimait comme elle le voulait, sincèrement mais à sa façon à elle. Que savait-t-il vraiment d'elle? Il pensait la rendre heureuse en acceptant l'image qu'elle avait forgée. Etait-elle, ne serait ce qu'un peu, ne serait-ce que par instants, la femme qu'il chérissait? Elle se sentait soudain tendue, irritée. Elle se précipita sous la douche; la fraîcheur de l'eau l'apaisa. Elle revint dans la chambre, s'assit, nue, dans le fauteuil devant la fenêtre ouverte. La lumière miroitait sur sa peau. Elle déposait les armes, s'abandonnant enfin, indécise, irrésolue.
Il était trop tard pour Ed.
Eleven AM, Edward Hopper

samedi 21 février 2009

A double entente


Promesse de liberté et de bonheur sur papier glacé. Un cliché flatteur, et voilà que l'on plonge dans les eaux turquoise des Caraïbes ou que l'on revendique, souveraine, Dior, j'adore! Son rêve à lui, ce sont les voitures de sport, toutes ces beautés, racées, rapides, inaccessibles, les reines du Salon de l'auto qui s'affichent dans les revues spécialisées.
–Tu as vu ça, un bijou! s'enthousiasme Marc en mettant sous le nez de Claire le dernier numéro de CarHebdo, où la Ferrari F5X a les honneurs de la une.
–C'est vrai, elle est plutôt jolie, convient Claire.
–Jolie, jolie, s'étrangle Marc, en fondant sur Lucas, qui vient de les rejoindre.

–Tu sais, je ne connais rien aux voitures, s'excuse Lucas en jetant un œil distrait au magazine.
–Regarde moi ça, elle a une gueule du tonnerre, insiste Marc. Et sous le capot un V10, 650 chevaux. Bon d'accord avec leur limitation de vitesse, t'es bridé. Mais faut voir ce qu'elle donne sur un circuit, elle atteint les 340.
–Ah oui, opine Lucas sans grande conviction. Ça me dit pas grand-chose; la mécanique, c'est pas trop mon truc.

–N'empêche, elle est violente, s'entête Marc. Le 0 à 300km/h, englouti en tout juste 26 secondes. Démoniaque, je te dis.

–Hum, acquiesce Lucas, sauvé par la sonnerie de son portable.

–Pas à dire, conclut Marc avec la foi des passionnés, y a qu'entre mecs qu'on peut discuter bagnoles.
Photo: fld

samedi 7 février 2009

Pour ainsi dire



Un gardien de la paix de Meaux a été blessé à la jambe par balles lors d'une patrouille qu'il effectuait avec deux collègues dans un quartier pavillonnaire. Deux cambrioleurs lui auraient tiré dessus. Alors qu'il était hospitalisé, ses collègues ont donné l'alerte, remarquant que des détails ne collaient pas. Le policier a, en fait, tout inventé et s'est blessé lui-même. Sa hiérarchie avait des choses à lui reprocher et il aurait voulu se redonner une virginité. Il a été placé en garde à vue. (Brèves Europe1, août 2008.)

Un keuf de Meaux a reçu des pruneaux dans la beuj pendant une patrouille chez les babtous, dans un quartier pav'. Il s'est fait caner par deux reurtis. Quand il était à l'hosto, les deux schmidts qui chafravent avec lui ont flairé chanmé l'embrouille: leur collègue les a mythonés, il s'est amoché tout seul Ses chefs le prenaient pour un naz et il a voulu béflan. Il est en GAV.

Un abutyrotomofilogène portant uniforme aurait été blessé à Meaux par deux hyperthyrrhoïdiens des Alpes armés d'un revolver. Le soupçonnant de gérontopropulsion prurigineuse, voire d'hypercaputisme, les deux colombophiles qui chronocident quotidiennement avec lui, apaléopithécoaneucéphalodidactes chevronnés, comprirent qu'il les avait vésicolanternés. Il dut ponctuioter: ses oligophrénarches le prenaient pour un nodocéphale, alors il avait voulu leur montrer qu'il savait uroluditélémétrer.


www.dictionnairedelazone.fr et www.cledut.net/xylo.htm Merci
Photo YLD

dimanche 25 janvier 2009

Quarantièmes rugissants


Les passages obligés, Elisabeth n'avait jamais aimé ça. Noël, le jour de l'an, les anniversaires. Se congratuler chaque année à la même date, trop convenu. Mais cette fois-ci, impossible d'y échapper: elles étaient quatre copines, amies depuis toujours, et elles allaient toutes avoir quarante ans dans l'année. Emilie n'avait laissé aucune échappatoire «Le club des quatre a quarante ans, Zabeth; le truc à ne pas manquer!» Elisabeth s'inclina, et se mit en quête d'un cadeau pour Emma, la première de la bande à franchir le cap.
Le samedi suivant, les filles investirent La Petite Mignonne, où elles avaient établi leur QG. A la fin du repas, chacune y alla de son petit discours et de son présent. Vers onze heures, les copains musiciens de Laurent, le patron du restaurant, avaient débarqué et invité les clients à se joindre à la fête. Le jour pointait quand on se quitta.
Deux semaines plus tard, Emilie devenait une quadra. Laurent fut à nouveau mis à contribution. Tandis qu'il apportait une énorme forêt noire, le dessert préféré d'Emilie, celle-ci recevait d'Emma un pashmina bordeaux; d'Elisabeth un coffret à bijoux en ébène; d'Elodie une petite baignoire en céramique rose contenant un baume à la rose. Les trois autres échangèrent discrètement un regard perplexe: c'était exactement la même que celle qu'elle avait offerte quinze jours plus tôt à Emma. La réplique de la baignoire bleue renfermant un onguent à la lavande, de la verte parfumée à la verveine et de la jaune aux senteurs de vanille qui trônaient sur les étagères de sa salle de bains.
Le 28 janvier, ce fut à Elisabeth de souffler ses quarante bougies. Pendant que Laurent servait un alléchant délice à la framboise et à la mangue, elle découvrait le ravissant collier en nacre qu'Emma avait choisi à son intention et le Home-Bag en toile cirée qu'Emilie avait déniché chez Marie Papier. Quant à Elodie, elle la gratifia, de l'air le plus naturel du monde… d'une baignoire en céramique rose. C'en devenait ridicule. Parfaitement ridicule ou totalement émouvant. Entre rire et larmes, Elisabeth leva son verre: «Happy bathday, les filles!»
Photo: fld

samedi 10 janvier 2009

Un froid de gueux




Chaque soir, il venait se terrer au pied du mur, au fond d’une ruelle, tout près de République. Avec le temps, il avait récupéré quelques vieux cartons et s’était confectionné une sorte de banquette, sur laquelle, quand le sommeil l’envahissait, il s’allongeait. Pelotonné, recroquevillé pour se protéger du froid ou de la pluie. Des gamins du quartier avaient tagué un drôle de truc sur le mur. «C’est ta mitraillette, Momo, pour s’ils veulent te faire déguerpir», plaisantaient-ils lors de leurs visites régulières. On l’aimait bien Momo, tranquille, pas très causant, sauf quand il piquait un coup de gueule: «Rgard'ça, veulent même pas nous voir.»
Alors, lorsqu’on s’aperçut qu’un soir, et un deuxième, pendant toute une semaine, puis une autre encore, la place de Momo restait vide, on s’inquiéta. Est-ce qu’il gisait quelque part alentour, blessé ou malade? La police l’avait-elle «mis au chaud»? Avait-il trouvé un meilleur refuge? Peut-être pour conjurer le mauvais sort, les gamins couvrirent les murs de la ruelle de nouveaux graffitis: deux chats, le portrait d'une inconnue, Bugs Bunny, auxquels vinrent s'ajouter un poing brandi, l'oncle Sam, trois coquelicots et, sans doute en désespoir de cause, un énorme Fuck the fuckers. Comme on se rend chez un vieux copain, les «sans» du quartier débarquaient «Chez Momo», histoire de causer un peu. Petit à petit, ils vinrent moins souvent, puis plus du tout.
Lundi 5 janvier, 22h30.
– Merde, alors!
–J'savais pas qu'y avait quelqu'un.
Bordée d'injures.

–J'savais pas qu'c'était ton coin. J'pouvais pas savoir.
Rugissements.
L'intrus fait mine d'abandonner la place.
–J'tai pas dit d'te tirer. Mais fais gaffe où tu t'poses, putain.
Le propriétaire des lieux remet de l'ordre dans ses cartons, s'enroule dans une vieille couverture, une bouteille à portée de la main. Son «coloc» s'installe sans moufter.
Il fait très froid.
photo YLD